LA  VITESSO-PHOBIE


J’ écoutais l’autre matin un journaliste interviewant des personnalités parisiennes au sujet des radars routiers et du projet de supprimer les panneaux les annonçant.
Toute l’argumentation revenait toujours à cette « vérité médiatique » : la vitesse tue.
Cette assertion est répétée inlassablement comme une évidence.

La technique de la langue de bois, tant utilisée dans nos médias.
Remarquons d’abord que cette haine de la vitesse n’est pas nouvelle.
Au dix-neuvième siècle, lorsque les premiers trains commencèrent à rouler sur rail, un grand professeur à Paris avait déclaré : « attention, au-delà de trente kilomètre à l’heure, l’homme mourra ! ».
La vitesse tuait déjà !
Il faudrait qu’un psychanalyste se penche sur cette phobie.

Mais parlons de ce sujet sérieusement.
Si c’était la vitesse qui tuait, tous les dimanches de grand prix de Formule un, ce serait une hécatombe.
Sur les autoroutes où l’on roule plus vite, il y aurait proportionnellement plus d’accidents plus de morts que sur les routes secondaires. Or c’est le contraire qui se produit.
Si l’on veut parler de sécurité, il faut d’abord la définir : la sécurité c’est l’absence d’accident.
La ceinture dite de « sécurité » n’ a rien à voir avec la sécurité : en aucun cas elle ne vous empêchera d’avoir un accident. Elle est du domaine de la sauvegarde pendant ou après un accident.
En réalité la sécurité exige deux impératifs
: la prudence et la vigilance .
Être prudent, c’est
: rester toujours en deçà de nos possibilités. Vous pouvez être prudent à 140 à l’heure et être très imprudent à 80 . Cela dépendra des circonstances, de l’état de votre voiture, de votre état physique etc..
Et il faut être
toujours vigilant.
Aujourd’hui en France l’immense majorité des accidents sont dus à un manque de vigilance.


Par exemple, boire est dangereux –oui- mais pourquoi ? Parce que boire vous met dans un état euphorique qui endort votre vigilance.
Seulement prenons un exemple : on dit aux jeunes : lorsque vous sortez en boite, il faut qu’il y en ait un qui ne boive pas pour prendre le volant. Très bien.
Mais ensuite que va-t-il se passer dans la voiture. L’ambiance sera joyeuse, chacun racontant une bien bonne. Et pourquoi le chauffeur, même sobre, ne participerait-il pas à l’hilarité générale ? Alors la vigilance diminuera de plus en plus et si l’occasion d’un accident se présente, ils risquent de se tuer. Comme si le chauffeur avait bu et en réalité pour la même raison : manque de vigilance.
Autre exemple : une femme a horreur de la vitesse. Etant passagère dans une voiture aussitôt que celle-ci dépasse une certaine vitesse elle a la sensation de ne plus pouvoir s’arrêter. Elle demande donc à son mari de rouler doucement. Jusqu’ici tout est possible et parfaitement normal. Mais ensuite cette femme sous influence médiatique va se croire en sécurité puisque la voiture roulera doucement et elle commencera à parler à son mari comme si ils étaient dans leur cuisine : « je n’ai pas trouvé ça, essaye de te rappeler où tu l’as mis…,…réfléchis un peu à ce que je te dis… » etc.. Et là encore s’ils arrivent à une situation d’accident ça se passera très mal.

Si il existait une pipette pouvant mesurer l’hilarité et le manque de vigilance, on nous dirait sans doute la vérité.
Mais les gendarmes ne peuvent mesurer que le taux d’alcoolémie, alors on ne nous parle que de l’alcool.
Aujourd’hui, les pouvoirs publics ne sont intéressés que par ce qui rapporte de l’argent : en amont les commissions d’achat (pipettes, radars), en aval les procès verbaux.
Ils comptent sur la puissance médiatique pour empêcher le peuple de réfléchir.
On nous rabat les oreilles que depuis les radars, les accidents ont diminué.
Mais pourquoi ?
Parce que ces radars ont créé une augmentation artificielle et provisoire de la vigilance.
Si les accidents augmentent à nouveau, c’est que les gens s’habituent à rouler doucement et alors la vigilance diminue.
Avant la guerre on avait parfaitement compris l’importance de cette vigilance : dans tous les autobus il y avait un panneau : « Il est interdit de parler au chauffeur. ». Nos « vitessophobes » médiatiques ne sévissaient pas encore.

Le danger de ce bourrage de crâne, c’est que beaucoup de gens finissent par croire qu’en roulant en dessous des vitesses prescrites, ils sont en sécurité, il ne peut rien leur arriver. Et là ils sont en danger de mort. Et ceux qui les poussent à croire cela sont des criminels.

Examinons une autre conséquence récente de cette phobie.
Tout le trafic routier remontant de la péninsule ibérique vers le nord de l’Europe emprunte l’A 10 et arrive à Bordeaux pour traverser la Garonne. Là tous ces camions doivent prendre la « rocade » en s’additionnant au trafic local jusqu’à saturation, d’où bouchons.
Et quelle est la solution que nos « pouvoirs publics » ont trouvé : réduction de la vitesse. Elle était de 110km/h. Elle est passée à 90km/h

Réfléchissons un peu.

Le trafic c'est-à-dire le nombre de véhicule empruntant une route dans un temps donné ne peut pas dépendre des pouvoirs publics. Il est ce qu’il est. Il ne peut être que constaté.

Supposons que, pour un trafic donné, à un point d’une route passent dans un sens, en un temps donné T, une quantité N de véhicules roulant à 100 km/h et espacés de X mètres.
Si, à ce même point, la vitesse est réduite à 50km, l’espacement étant toujours de X mètres, il ne passera plus dans le même temps que N/2 véhicules. Si la vitesse passait à 150 km/h, N serait multiplié par 1,5.
Si nous revenons à 50 km/h, pour que N reste constant, il faudrait que l’espacement X soit divisé par 2.
Nous voyons donc que pour un trafic donné, la vitesse et la distance entre véhicules sont liés. Si la vitesse diminue la distance entre véhicules diminuera jusqu’à ce qu’elle atteigne un minimum. A ce moment-là il y aura bouchon.
C’est la vitesse qui crée de l’espace entre les véhicules.
Vouloir éviter les bouchons en la diminuant, est simplement absurde.


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